"Face à la flambée des prix due à la crise alimentaire mondiale, le conseil des ministres du 24 avril a adopté différentes mesures fiscales et budgétaires exceptionnelles et temporaires visant à détaxer les produits de première nécessité pour protéger le pouvoir d’achat des ménages gabonais. Le gouvernement a décidé de suspendre pour une durée de six mois l’ensemble des droits et des taxes à l'importation, notamment la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur l'huile, le poisson, le lait et la farine importés. La charge sur le budget de l'Etat de l'ensemble de ces mesures est estimée à 10 milliards de F CFA." - Source: Gaboneco.com.
Cet extrait d'un article plus complet nous rappelle que le monde entier, particulièrement les pays en développement, fait face à une flambée de prix de plusieurs produits de première nécessité. Ce qui a entraîné des soulèvements populaires à plusieurs endroits (Haïti, Burkina, Côte-d'Ivoire, Philippines, Gabon, etc.). Même les pays développés comme le Canada et les États-Unis se sentent aussi menacés par la montée des prix des produits alimentaires.
Quelques exemples au Gabon montrent combien des fois la situation s'est dégradée depuis quelques semaines. À Libreville la Capitale, le kilo de sucre produit au Gabon est passé de 780 à 900 Francs CFA (fcfa), une augmentation de 15.4%. Le litre d'huile végétale est passée de 800 à 1400 fcfa, un bond spectaculaire de 75%! Le lait concentré sucré (Nestlé), la boîte moyenne est passée de 650 à 800 fcfa, en hausse de 23%. La boîte de lait en poudre (NIDO) de format moyen est passée de 1400 à 1950 fcfa un bond de 39,3%. Le Kg de riz non parfumé bondit de 350 à 600 fcfa, une hausse subite formidable de 71,4%. Le Kg de riz parfumé est passé de 700 à 1000 fcfa, un bond de 43%; etc. La liste est longue!
En fait, la hausse du prix des produits alimentaires est alimentée par la hausse des prix de l'énergie (notamment du pétrole) qui fait augmenter non seulement les coûts de production de produits de toutes sortes (et ultimement leurs prix), mais aussi la pression sur la recherche des sources d'énergie alternatives (biocarburants) comme l'éthanol, produit à base de maïs. Résultat, l'utilisation des ressources alimentaires comme le maïs pour produire du carburant pour les voitures crée une pénurie de ces produits. Certains parlent d'un crime contre l'humanité de la part des producteurs agricoles (notamment des pays occidentaux) et des marchands de carburants qui choisissent de produire de l'essence pour les voitures au lieu de nourrir la planète! Le Programme alimentaire mondial entrevoit une réduction de son aide aux pauvres partout dans le monde à cause de la crise. Une combinaison d'autres facteurs peuvent avoir conduit à une forte hausse des prix des produits alimentaires, à savoir une production réduite due au changement climatique, les niveaux des stocks historiquement bas, une consommation plus grande de viande et de produits laitiers dans les économies émergentes (Chine, Inde, Brésil, etc.) et le coût plus élevé du transport. La crise est grave!
C'est dans ce contexte que le gouvernement gabonais vient de prendre la décision de "soulager" la population temporairement contre la flambée des prix des produits alimentaires. Tout en approuvant cette décision, il faut toutefois se poser des questions de fond sur la situation que vit le Gabon et d'autres pays africains. À quand une véritable politique de lutte contre la dépendance alimentaire? Politique qu'on promet depuis des décennies au Gabon, j'entends la fameuse politique d'autosuffisance alimentaire qui n'a jamais fonctionné! La solution préconisée par le gouvernement gabonais est certes louable, mais elle est bien sûr "temporaire". C'est là le problème. La crise alimentaire mondiale actuelle doit être la goutte d'eau qui fait déborder le vase et qui doit faire comprendre aux dirigeants africains d'arrêter de jouer à l'autruche et de se prendre en main; de voir les problèmes en face et de les régler pour le long terme ou de façon durable. Le Gabon est un cas particulier parce que le pays importe presque tout ce que les gens mangent. La manne pétrolière et minière a longtemps fait oublier l'agriculture et l'entrepreneurait aux Gabonais. Les gestionnaires de l'état gabonais ont notamment longtemps fait preuve d'un manque de vision notable. Ils doivent prendre leurs responsabilités. Ce sont des dizaines voire des centaines de millions de dollars qui sont dépensés chaque année pour l'importation des produits agroalimentaires vers le Gabon, notamment en provenance de la France. Il faut cesser ce gaspillage des ressources financières de l'état et cette dépendance insoutenable!
L'autre complication en vue suite à la stratégie fiscale gabonaise est la lourdeur administrative qui accompagnera cette décision. On sait très bien que cela prendra beaucoup trop d'efforts pour tenter de contrôler les prix des produits. En annulant les droits de douanes, le gouvernement gabonais semble compter totalement sur les opérateurs économiques pour qu'ils baissent les prix de bon gré. C'est un peu risqué et inefficace à court terme, car on sait que plusieurs "maliens" (i.e. dépanneurs ou petites boutiques populaires) dans les quartiers ne vont pas nécessairement baisser les prix selon les marges indiquées par le gouvernement. La population n'aura pas nécessairement les moyens de vérifier que les prix ont vraiment baissé comme cela se doit. Même si les agents de l'état iront sur le terrain pour suivre l'application des politiques actuelles, il n'est pas assuré que les prix vont baisser substantiellement.
Dans ces circonstances, une mesure permettant de reverser une partie des revenus pétroliers et miniers directement aux citoyens ou de baisser les impôts des particuliers de la classe moyenne aurait été une possibilité sérieuse à envisager afin de stimuler l'économie par la consommation. Il faut penser à remettre l'argent dans les poches des citoyens ou contribuables qui en arrache déjà à la fin du mois pour survivre. Si on ne peut totalement compter sur les commerçants pour baisser les prix, il faut aussi mettre en place des mesures permettant de renforcer le pouvoir d'achat des consommateurs.
Le Gabon et d'autres pays africains dépendant de l'importation des produits alimentaires doivent comprendre que la récréation de la dépendance alimentaire est terminée! L'Afrique doit s'occuper d'elle-même et arrêter de dépendre des autres et des dons.
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